De la musique

J’écris volontiers des textes de présentation pour des projets musicaux amis.

Encore • La feinte feat. Victoria Quesnel

Son titre le dit : cette piste n’est pas là où on l’attend. Elle trace des chemins détournés. Il y a la feinte du feat. En anglais, to feature signifie « présenter », tandis que feinter c’est s’esquiver, se cacher, se camoufler. 

Ce qui apparaît est un tour de passe-passe par lequel deux musiciens, masculin-féminin, habitués à leur duo, s’adjoignent d’une comédienne, goutte de pétrole qui teinte une eau limpide. Victoria Quesnel pose avec une étrange neutralité et sur un rythme sans fard les mots du Decameron, écrit au XIVe siècle par Boccace. 

À qui l’histoire arrive ne compte pas. Il serait facile d’identifier les deux personnes qui s’expriment tour à tour au travers d’une unique parole comme homme et femme, comme celui qui s’amuse et celle dont il se joue, ou bien comme proie et prédateur. Mais ce qui est ici synthétisé s’est produit et se produit encore, quelque part, pour beaucoup de quelqu’un. Quelqu’un trompe – Quelqu’un est trompé – Ils ne sont pas les seuls. 

Alors : qui ment à l’autre de ces deux personnages, qui se dissimule, qui domine ? La réponse se dérobe. La feinte, c’est aussi de faire résonner cette voix non fermement située dans un genre ou dans l’autre, capable, parce qu’elle palpite, d’incarner toutes les voix.

La Solive

La solive (nom féminin) est une pièce de charpente placée en appui sur les murs ou les poutres pour soutenir le plancher.
Qui au violon, qui à la guitare, à huit cordes, parfois plus,
Tom et Thomas opèrent cet agencement singulier grâce auquel tout tient.
Les compagnons de fortune s’encouragent l’un l’autre :
si l’un pose les lattes d’une rythmique tirée au cordeau,
l’autre chantera pareil à une grive,
pareil à ces oiseaux de passage battant des ailes frénétiquement sous le toit des étables.
Il faut voir ces deux musiciens chevronnés
enchaîner les airs
& le public danser comme on rabote.
Depuis quelque temps, le duo est devenu trio, et c’est Albane qui mène les danses, collectives en rondes ou en chaînes, ou bien encore de couples. Son pari, faire découvrir à tous et toutes les joies simples du bal. Car c’est à tout âge qu’on peut rosir des joues, suer à grosses gouttes, frapper dans ses mains en riant.
J’ajoute que pour les charpentiers & charpentières,
l’âme (nom féminin) est l’espèce de lambourde faite en deux parties
que l’on embrève obliquement dans une poutre fendue en deux pour lui donner plus de force
& d’âme, ces trois-là ne manquent certes pas !

Chakir :

C’est à un voyage musical que nous convie Chakir, sur les traces des artistes qui ont bercé son enfance. Première halte, le blues d’Armstrong ou de Ray Charles, et leurs hymnes vibrants. On prend le prochain train, destination la soul. Servis par les mélodies enjouées de François Requet au violon, les arrangements de Chakir donnent à réentendre les trésors d’Otis Redding ou de Bill Withers. L’itinéraire est riche ; il se poursuit vers la folk de Bob Dylan mais aussi dans des directions plus inattendues, vers des tubes récents, avec même un arrêt du côté du reggae. On rit, on s’émeut, l’atmosphère se réchauffe. Finalement, Chakir aura rallumé le jukebox des souvenirs, grâce à un répertoire éclectique et maîtrisé, et surtout grâce à sa formidable générosité.

La musique de 2023